Vers une nouvelle ontologie

Pourquoi une nouvelle ontologie ?

 

Dans l'état actuel de la planète et de l'Humanité, il faut bien admettre que nous avons dû nous tromper quelque part, à un moment ou un autre.

Nous croyons cette erreur fort ancienne, inscrite dans les philosophies circumméditerranéennes.

Cette erreur primordiale, l'anthropocentrisme, a été confortée, "moralisée", théorisée par quelques siècles de libéralisme et de collectivisme. Le Siècle des Lumières, qui nous a tant apporté par ailleurs, a assis cette primauté de l'Homme, pour fonder les Droits de l'Homme. L'erreur est fatale : les Droits de l'Homme  ne pouvaient, ne peuvent être construits en opposition au droit de la Nature, au droit des autres êtres vivants. Bien au contraire, ils en sont une des conséquences.

L'anthropocentrisme est le dernier avatar d'une longue lignée d'erreurs de perception:

la croyance que le territoire de la tribu est au centre de la Terre, que le soleil tourne autour de la Terre, que le cosmos tourne autour du soleil, que l'Homme a une "nature" particulière, quasiment divine, dans l'Evolution Naturelle.

L'anthropocentrisme perdure car fondamentalement nous avons beaucoup de mal à accepter une évidence scientifique. Nous ne sommes qu'un maillon dans la longue lignée de la vie, du règne animal et de  notre phylum qu'à générer l'Evolution Naturelle. Nous avons toujours du mal à admettre, 160 ans après Darwin, que notre apparition n'a rien d'historiquement plus surprenant que celle des grands singes, des chauve-souris ou des vers de terre. Une simple succession de hasard et un mécanisme de sélection qui conduit toutes les espèces à se perfectionner pour être sans cesse plus adaptée à un environnement qui change, qui change parce quelques paramètres physiques et chimiques ont changé, mais aussi parce que les autres espèces environnantes ont elles-mêmes évolué.

Dès lors la pire erreur que nous puissions commettre est de porter gravement atteinte au fonctionnement du principe même "qui nous a fait Roi", à savoir l'Evolution Naturelle. Ce faisant, nous bloquons le processus évolutif, nous limitons nos possibilités d'adaptation et celles de millions d'espèces.

Cette quête ancestrale d'échapper au contrainte de l'Evolution, déjà bien présente dans le mythe de Prométhée, nous conduit à ignorer une des règles essentielles : aucune espèce ne peut survivre en portant atteinte profondément et durablement au monde qui l'entoure, aux autres êtres vivants, car elle restreint par la même le champ des possibles pour sa propre évolution.

Dans sa soif de s'extraire de ces contraintes, l'Humanité a cru trouver une échappatoire par la démographie : dominer le monde par le nombre des individus. Cette réponse fut longtemps apparemment adaptée. Elle ne l'est plus lorsque l'espace se restreint, que nous épuisons les réserves, que nous limitons notre propre champ des possibles, que nous bloquons les mécanismes mêmes de l'Evolution.

L'anthropocentrisme est la négation de la Libre Evolution.

 

S'attaquer aux racines mêmes de l'anthropocentrisme : vaste chantier.

Il s'agit d'abord de s'affranchir de notre peur ancestrale de la nature, qui nous conduit à nous en méfier, à chercher à la contraindre, à la désigner prioritairement comme bouc-émissaire de nos propres errements (la faute du loup, de l'ours, des sangliers, des mauvaise herbes, des insectes dévastateurs, des plantes colonisatrices, des moustiques tigres et des pangolins...), à la cantonner à ce qui nous est directement utile.

La chasse est sous bien des aspects une manifestation de cette peur de la nature. On tue par peur et par plaisir ce qui ne nous est pas naturellement soumis.

Sous bien des aspects, cette peur nous amène à privilégier les parcs paysagers à la Nature Sauvage. Comme aujourd'hui en occident, les zones de Nature Sauvage sont très rares, cette peur de la résurgence du spontané, de l'aléatoire, de l'imprévisible, nous amène à chercher à figer le paysage dans la vision de notre enfance.  Nous ôtons à la Nature, sous couvert de gestion et parfois de maintien artificiel d'une liste d'espèces maladroitement assimilée à la biodiversité, tout droit à revenir à la Libre Evolution.

 

Il s'agit aussi de renoncer à ce sentiment de propriété. Mettons-nous dans une mentalité non de propriétaire, qui peut faire ce qu'il veut chez lui, mais de co-locaTerre, éthique dans laquelle la gestion du bien reste à la libre appréciation d'un tiers, qui seul est en droit de modifier durablement le fonds : la Libre Evolution !

De fait, cela doit nous amener à considérer que les ponctions dans la Nature ne peuvent être gratuites au delà de ce qu'elle nous fournit de renouvellement annuel.

Or, une très grande partie de ce que nous consommons, n'est pas renouvelable à l'échelle d'une année, ni même d'une  génération, en particulier, tous les biens minéraux et fossiles et une bonne partie des espèces vivantes. Dès lors leur coût, aujourd'hui considéré comme des externalités doivent faire l'objet d'une réévaluation massive pour désespérer toute velléité de gaspillage, pour prendre conscience de nos dilapidations collectives dues à notre démographie.

Ni peur, ni orgueil déplacé : la Nature n'est ni notre ennemi, ni notre ami dévoué, ni notre propriété. Elle EST parce que la Libre Evolution la faite ainsi ... pour le plus grand bénéfice de tous, végétaux, animaux et par conséquent hommes et femmes.

C'est ce principe de Libre Evolution que nous devons chérir et placer au dessus de toute autre considération, car il est notre assurance tout risque. Nous devons mettre le respect de la Libre Evolution au cœur de notre système de valeurs.